Uzkain 2 - Quatre coups de théâtre dans l'avant dernier acte

Représentation d'Uzkain © Christian Lecourt

 

Comme l’an passé, le rallye a été marqué par un duel au sommet entre le néo-champion de France Mathieu HIRIGOYEN, et le recordman de victoire au Labourd Louis DRONDE (5 victoires). Les deux hommes se sont rendus coup pour coup. Samedi, le pilote d’Urcuray frappa fort d’entrée avec deux scratchs avant que le pilote souletin, très à l’aise sous la pluie, ne lui réponde en signant les 3 meilleurs temps de l’après-midi.

 

Dimanche après-midi, à 2 spéciales de l’arrivée, seulement 1.9 sec séparent les deux pilotes à l’avantage de Mathieu HIRIGOYEN. Le sprint final semble annoncer un résultat historique, un premier Labourd pour Mathieu ou une première victoire pour le dernier Gembo ? Troisième, Laurent FOUQUET à 23 sec, déjà vainqueur à Arzacq et auteur d’un scratch, continue de mettre une pression intense sur les deux hommes de tête. Vincent POINCELET à 59 sec et Jérôme HELIN à 1 min 22 restent également à l’affût. Ces trois pilotes, absents l’an dernier, sont à l’attaque sur ce rallye.

 

L’heure est donc à Uzkain 2, l’avant dernière spéciale du rallye. 11 kms redoutés durant lesquels tout peut arriver. Tous le savent. Mais cette année, les trombes d’eau tombées depuis cinq mois sur le Pays Basque et durant toute la nuit ont rendu le terrain très difficile. Le moment est important, la pression est à son comble.

 

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Voici tour à tour et de façon chronologique le récit des 5 protagonistes de ce finish imprévisible et inédit :

 

Louis DRONDE (1er à s’élancer – 2e provisoire à 1.9 sec de Mathieu) : « Je suis parti au také, à fond. Mais après seulement deux virages j’ai crevé. Nous sommes beaucoup à avoir crevé dès cette première montée. Si j’avais crevé en fin de spéciale, j’aurais essayé de finir. Mais, ayant crevé dès le départ, j’ai préféré arrêter et me garer à la croix (au bout d’1.5 kms). Je ne voulais pas abîmer la voiture. Au premier passage d’Uzkain, cela tapait déjà. J’aurais dû crever à trois reprises. Je sais où et pourquoi. Mais c’est passé. C’est la course. J’ai appris la suite des événements via le commissaire qui recevait les infos sur sa radio.  Pour ma part, j’ai passé un super week-end et n’ai aucun regret. Bien au contraire. Je suis très heureux d’avoir amené le Gembo à cette position. Avec 5 scratchs, une position de leader samedi soir  et un grand niveau de performance, l’objectif pour moi est rempli. Je reviendrai au Baretous avec la rouge et me projette déjà sur mon futur Gembo que j’espère sortir à Orthez. »

 

Mathieu HIRIGOYEN (2e à s’élancer – Leader provisoire du rallye) : « Je suis parti avec un cardan cassé. Le 1.5 premier kilomètre tout en montée a été très difficile. A l’issue de cette montée, je n’ai pas vu Louis arrêté. Peu importe, j’avais Fouquet à 23 sec donc avec le cardan cassé je devais attaquer. J’ai fait une grosse descente car on sollicite moins le cardan. Puis, plus tard, dans la remontée après les gués, sur une courbe droite la voiture m’a échappé et a filé dans un bosquet. Elle était intenable. J’ai fini par sortir en faisant le tour du champs mais en ayant perdu beaucoup de temps. C’est la course. J’ai appris les péripéties des uns et des autres par le public. Pour rouler devant, nous devons rouler très fort du 1er au dernier kilomètre et cette fois ce n’est passé pour personne

 

Vincent POINCELET (3e à s’élancer – 4e provisoire à 59 sec) : « J’ai vu que Louis était parti très fort que Mathieu avait un souci au départ. Je me suis à mon tour élancé. Par le passé, je n’ai jamais eu de réussite dans cette spéciale, cette année non plus. Après 500 mètres, avant la première épingle, j’étais déjà crevé à l’avant droit et à l’arrière droit. Deux jantes étaient tordues dont une sectionnée. L’une d’elle s’est engouffrée dans le triangle. Dès lors, sans direction, je me suis arrêté après 1.5 kms. J’y ai rejoint Louis qui était arrêté également. La configuration du terrain faisait que c’était compliqué de le voir. Nous avons été tenus au courant de la suite de la spéciale via la radio du commissaire : « le 1 abandon », « le 25 abandon », « non », « oui », « non ils repartent ». Je remercie Louis qui m’a changé les pneus pour que je puisse finir la spéciale en liaison. Dommage qu’il n’ait pas la même taille de roue que moi, j’aurais fini le rallye. ».

 

Laurent FOUQUET (4e à s’élancer – 3e provisoire à 23 sec) : « Avant de prendre mon départ, j’ai vu que Mathieu avait une roue qui ne tournait pas. Puis, après 1.5 kms, j’ai vu Vincent arrêté et qui descendait tout juste de son auto me faisant signe que c’était fini pour lui. Puis j’ai aperçu la tête de Louis. J’ai donc su que Louis et Vincent avaient abandonnés et que Mathieu avait un souci. Malheureusement, j’ai fini par crever à mon tour. Je me suis donc attaché à assurer au maximum pour que le pneu reste sur la jante. Après la chicane, aux ¾ de la spéciale, sur une équerre le pneu s’est échappé de la jante qui était déjà cassée. Vingt mètres plus loin je me suis posé sur un talus. Il a fallu 6-7 min avant de repartir mais le mal était fait. J’ai fini la spéciale afin de prendre les points de classe. Le scénario est inédit. C’est un cas particulier. Le destin. ».

 

Jérôme HELIN (5e à s’élancer – 5e provisoire à 1 min 22 – Vainqueur du rallye) : « Étant provisoirement 5e à une 20aine de secondes de Vincent Poincelet 4e, on part en se disant que ça va attaquer très fort devant. On se dit que tout peut se passer dans cette spéciale, surtout dans ces conditions météos. J’ai vu Louis partir à fond et Mathieu partir doucement. Après la montée de 1.5 km, on voit Vincent arrêté mais on ne voit pas Louis. Cyril (mon copilote) me dit que le podium se rapproche. J’ai attaqué jusqu’aux gués et dans la remontée je n’ai pas vu que Mathieu était arrêté. Après coup, il est vrai que j’avais remarqué que les gens ne me regardaient pas et semblaient attirés par autre chose, mais concentré sur la spéciale, je n’ai pas compris et imaginé ce qui se passait. J’ai attaqué jusqu’à la chicane (aux ¾ de la spéciale), j’ai passé la chicane, j’ai vu un pneu sur le chemin, j’ai tourné et j’ai vu Laurent arrêté. À ce moment-là, cela n’a fait qu’un tour dans ma tête, avec l’élan j’ai sauté le talus, une marche, 3 sasi (prononcer «chachi»/buissons en basque). Si je m’arrêtais c’était fini, je serais resté bloqué. C’était un réflexe et une attitude de « survivant d’Uzkain ». Je n’ai mis en danger personne tout en respectant le parcours. Cyril me dit que le podium est là. On finit la spéciale. Le commissaire à la table de pointage nous dit « Bravo ». On croit qu’il nous dit que nous avons fait un super temps. On s’attache alors à demander quel temps ont fait Louis et Mathieu. Le Commissaire nous répond que nous sommes les premiers à sortir de la spéciale ! Incroyable ! Durant toute la liaison nous sommes comme des fous dans l’auto ! Aussi heureux que dingue est le scénario ! En arrivant à l’assistance, la joie retombe aussi tôt. La tension s’est emparée des gens en raison du contexte et des incertitudes. Mais c’est normal, c’est la course. Nous nous reconcentrons pour la dernière spéciale, Xipa, qui sera finalement neutralisée pour tous les 4rm et 2rm ».

 

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En effet, le dernier acte a été neutralisé en raison du retard accumulé sur Uzkain dû au nombre d'arrêts de course. Ce final épique et inédit marquera l’histoire du Rallye du Labourd. C’est la beauté (ou la cruauté) du sport. Rien n’est jamais joué à l’avance à l’image des « remontada » et rien n’est fait avant le dernier mètre ou la dernière minute.

Pensée également à Yannick LONNE-PEYRET, Hervé BIDART et Gregory GONI qui ont arrêtés ou perdus gros dans cette ES9.

 

Bravo à tous les équipages engagés de nous avoir offert un très beau spectacle tout au long de ce week-end. Félicitations à Jérôme HELIN (Rivet Suzuki) qui décroche sa première victoire dans la catégorie reine devant un Denis ARTOLA décidément très à l’aise sur ce Tomahawk Evo Kawasaki, et le jeune surdoué de 18 ans Loic Costes (Fouquet Mazda). Bravo à Damien POCHELUBERRY (Cledze Suzuki) pour sa victoire en 2rm devant le néo-champion de France Thibaut FLOURET-BARBE (Rivet Honda) et les frères LARROQUET (Micouleau Honda) dont le nouveau buggy de Rallye-Raid a fait sensation. Le public aura apprécié de découvrir en avant première ce nouveau buggy MMP. Bravo également à Manu CASTAN, qui s’offre la victoire en catégorie SSV devant Romain LOCMANE et Antoine Phillippe tous les trois sur Canam X3. Enfin, en 4x4, bravo à Andrew SARGEANT (Land Rover) qui l’emporte devant le Cherokee de Patrice DAVITON et le Pajero de Gilles FAUCONNET.

 

La pluie tombée ces cinq derniers mois n’a pas aidé à la préparation des pistes. L’ASA COTE BASQUE va donc s'atteler à remettre en état les pistes et a d'ores et déjà décidé d'investir afin d'améliorer Uzkain ainsi que les autres spéciales. A cet effet, une reconnaissance du parcours a été effectuée le surlendemain du rallye (mardi 10 avril) avec des terrassiers et une entreprise de broyage de cailloux. Les investissements de ce printemps seront l’augure d’une belle édition 2019 à vos côtés. A très bientôt !

 

L'ASA COTE BASQUE

 

* Crédit photos Christian Lecourt